Slam Matthieu
Bienvenue ! Voici une archive texte & vidéo de mes textes de slam. :-)
Venez retrouver toute la joyeuse bande de slameurs rémois à la Cartonnerie de Reims, un mardi par mois ; prochaines dates en 2022 : 20/09, 18/10, 15/11 et 13/12.

Matthieu
© 2021 Le Mime Marteau
Petit délire sans prétention pour ma première sur scène, histoire de faire connaissance avec le public !

J’avais préparé un texte et je suis allé m’inscrire pour passer ce soir, mais quand ils ont vu ma gueule, ils ont dit « toi, t’iras au calibrage ».
Je sais pas vous, mais pour moi, le calibrage, c’est souvent des gosses. J’ai aucun problème à être rangé avec les enfants mais j’me suis dit, si ça tombe, ils m’ont pas vraiment bien regardé – ils me mettent en calibrage mais ils connaissent ni mon âge ni la taille de mon calibre…
Donc bah je vais voir Laurent pour lui dire tout ça, et il m’arrête : « nan mais mec t’es un néophyte !
- Bah non, j’suis né à Reims…
- Mais t’es jamais monté sur la scène !
- Bah si, j’ai déjà été sur un bateau-mouche ! J’te jure, y’en a qui sont accessibles en fauteuil ! »
Là il me regarde chelou et il dit : « nan mais mec , avec le trac, tu vas avoir les jambes qui tremblent !
- Putain mais ça fait 40 ans que j’attends que ça, mec, vas-y donne du trac donne ! »

Là il se rapproche un peu et il me dit à voix basse :
« Nan mais tu vois on a surtout un problème pratique en fait. Le micro, ça va être chiant à régler avec ton fauteuil, faut que tu passes en premier sinon va falloir décrocher la perche et que quelqu’un te la tienne... »
Bon, j’ai une bonne bouille, mais là… Faut pas me tendre une perche pareille…
C’est con, y’a pas BN, alors j’regarde les autres meufs des Ateliers Slam et j’dis :
« C’est laquelle qui va me la tenir ? »
Et Laurent m’dit : « bah c’est moi ».
Alors j’lui dis : « bah, calibrage ».

Enfin bref maintenant que j’y suis, faut que je remplisse ma mission ! C’est la dernière de l’année, faut chauffer la salle, faut qu’ce soit hot…
Du coup j’vais vous parler du Père Noël !…

Sans déconner, le PN, il est en pleine galère. Les cadeaux des gosses, c’est devenu n’importe quoi.
Ils sont de plus en plus chers (les cadeaux), ils sont de moins en moins sages (les gamins)…
Et surtout, la règle a changé : maintenant, moins un gamin est sage, plus il est gâté !
Regardez : la fille toute gentille, toute polie, qui parle 5 langues, fait du violoncelle et a 19 de moyenne avec deux ans d’avance, elle va avoir… bah la dernière édition du Larousse, le kit du petit chimiste, et si ses grands-parents sont encore en vie… une visite au Louvre, allez.
Alors que le sale petit con qui tape sa mère, rackette son voisin, fait des fucks en classe et compte sur ses doigts à 14 ans… bah ouais, il aura sa PS5, son iPhone 13, et son drone furtif pour dealer du shit sans lever son cul du canapé !

Du coup, ça revient cher tout ça ; faut se serrer la ceinture, mais vu le bide qu’il a, le PN… bah il peut pas.
Et comme dans tout système capitaliste, qui c’est qui trinque ? Bah c’est les petits, les ouvriers, les sous-fifres. Et c’est comme ça que les lutins se retrouvent obligés de faire… le tapin de Noël.
Alors évidemment, le PN est leur premier client – un vieux cochon comme lui va pas rater l’occas’. Quoi ? Non, sans déconner, vous débarquez, là ? Le gugusse, ça fait des décennies qu’il fait sauter des millions d’enfants sur ses genoux en gémissant « hooo hooo hooo », et ça vous met pas la puce à l’oreille ?
Bon d’accord, c’est pas des preuves irréfutables, mais j’dis juste qu’y’a des curés qui ont pris cher pour moins que ça...

Bon je vous rassure, hein, c’était des blagues tout ce que j’ai raconté sur le calibrage. Si je passe au début c’est juste parce que j’avais promis à Blanche-Neige de faire mon texte en sa présence, et ce soir elle va arriver tard, donc j’ai préféré faire le clown.

Par contre j’étais sérieux pour le PN, hein. Faites attention à vos mioches, désinfectez les papiers cadeaux. Allez, salut !

Un texte assez personnel...

quand t'as le spleen, la boule au ventre, quand t'as tout bu et qu't'es en manque
quand t'es fâchée avec tes vieux, quand t'as moins cent sur l'compte en banque
quand ta meilleure pote tombe enceinte d'un gars qu't'as jamais pu blairer
et qu't'as d'la bile à décharger… tu sais à qui tu peux parler

mais t'inquiète pas… j'suis là pour toi
mets-toi à l'aise, déballe tout ça
fixe les limites, c'est toi la boss
moi... j'suis la cinquième roue du carrosse
tu sais personne ne t'a demandé
d'être la perfection incarnée
tu peux terminer la bouteille
et m’faire confiance pour le réveil


quand il rentre tard et qu'il pue l'thon, quand t'es jalouse d'une Jennifer
quand t'as envie de faire un gosse mais qu't'as pas mieux qu'un pqr
quand tu sais pas si c'est le bon, quand t'es craq'love d'un homme marié
quand le karma veut t'entuber… tu sais sur quelle épaule pleurer

t'inquiète donc pas ! j'ai l'habitude
d'être la cinquième roue du carrosse
donne les détails, fais pas ta prude
raconte-moi tout sur ces beaux gosses
tu sais les hommes moi j'les connais
c'est comme des chiots… faut les dresser
dirige-les… sans en avoir l'air
tu s'ras toujours leur deuxième mère


quand t'ouvres les yeux à 14h dans ton grand lit d'célibataire
quand l'plus grand amour de ta vie s'appelle Pupute et pisse par terre
quand tu troquerais ton bac+5 pour un diplôme d'esthéticienne
comme ça au moins tu pourrais p't'êt' toucher des culs toute la semaine

oui... j'te comprends... ça devient pesant
d'avoir netflix comme concubin
d'voir toutes tes potes devenir mamans
et d'passer ta vie au turbin
alors tant pis… si ça fait mal
d'être la cinquième roue du carrosse
j'te consolerai... en non verbal
j'te cuisinerai une côte à l'os


tu sais, ici t'es à l'abri, tu sais qu'personne va te juger
c'que je sais d’toi, tes confessions, tes torts, tes vices… tes salissures
ce sera jamais utilisé pour t'affaiblir ou t'rabaisser
j'suis une béquille, pas une sangsue, là pour soutenir dans les coups durs
à défaut d'être ta raison de vivre, j'veux être un phare pour ton navire
un rocher sûr où t'accouder, ou même un guignol qui t’fait sourire


j'suppose que tu matches mon profil
d'la meuf futée mais trop fragile
qui attire vers elle les chevaliers
cherchant une fée à protéger
mais c'qu'elle veut, la fée, c'est vibrer
fuir la routine, se défoncer
beurrer la vie des deux côtés
tomber… pour mieux se relever

alors… si les autres ont une chance
d'faire avec toi quelques pas d'danse
pour toi, j's’rai tout sauf une romance
… j'suis l'type à qui tu fais confiance

ton meilleur pote, ta bonne conscience
l'oreille fidèle de tes silences
ton défouloir… ton confesseur…
ton pied-à-terre… ton extincteur

j'suis la cinquième roue d'ton carrosse
l'ami fidèle de la belle gosse
hors de portée des flèches d'eros
oui… la cinquième roue… du carrosse

L'humour grivois, c'est quand même la formule magique pour plaire au public. Faut pas en abuser, mais là j'avoue je me suis fait plaisir.

apparemment vous aimez les textes assez profonds, alors je vais vous parler de... zoophilie.

n’vous inquiétez pas, j'aime vraiment les animaux !
disons que je suis comme les marins : je vois une femme dans chaque… porc.

bref, peu importe mes préférences, chacun ses petites marmottes,
ce dont je voulais vous parler,
c'est une question qui trotte dans ma tête depuis un bail.

comment savoir quand un animal est consentant ?

non mais rigolez pas, c'est hyper important.
c’est déjà compliqué avec des humains...
mais les animaux ?

tenez : quand René s'approche de Biquette,
et que Biquette lui tourne le dos…
est-ce parce que René s’est rasé le bouc ? ne s'agit-il que d'un caprice caprin ?
ou faut-il supposer que l'ongulée lui présente son postérieur tuméfié en guise d'offrande ?

comment savoir ?

quand Marcel rumine
sur le refus persistant de sa femme Josiane de le laisser pétrir sa généreuse poitrine,
qu'il se réfugie dans le giron de Marguerite,
et que ladite Marguerite s'y prête sans un meuglement…
on est certes en droit de penser que le couple de Josiane et Marcel va de mal en pis,
mais plus important :
Marguerite se laisse-t-elle palper les mamelles
par simple compassion fraternelle entre mammifères vachement frustrés ?
ou se peut-il… que les tendres attentions de Marcel lui fassent un effet bœuf ?

comment savoir ?


faute de trouver une réponse, j'ai établi des règles.

règle n°1 :
pas d'écart de poids trop important !
ça semble évident, mais un accident est si vite arrivé,
des jeux un peu trop musclés avec un étalon fougueux,
ou le funeste mais malheureusement courant syndrome… du hamster kleenex…
(oh, je vois qu’il y a des connaisseurs…)

règle n°2 :
pas après plus d'un verre d'alcool…
pour l'animal !
ah non mais c'est plus fréquent que vous ne l'imaginez !
entre nous, par exemple, je connais un chihuahua qui, après son troisième shot de vodka, fait des trucs avec sa langue auxquelles des âmes moins pures que la mienne risqueraient fort de prendre goût…

règle n°3 :
ne fais pas aux-truies (groink !) ce que tu ne voudrais pas qu'elles te fassent !
oui, je sais, dit comme ça, ça fait un peu biblique ;
en même temps…
ce sont des ecclésiastiques qui ont fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui…

règle n°4 :
jamais devant témoin,
encore moins devant les maîtres !
les animaux ont droit à une vie privée, bon sang !
et nous à la liberté, accessoirement…

vous voyez, avec ces règles très simples, mes amies les bêtes sont en sécurité avec moi !
et d'ailleurs, je suis... pet-sitter !
donc si vous voulez que je prenne votre animal… en garde,
je laisse mes cartes de visite à l'entrée !
merci pour eux !

Une petite fantaisie satirique de circonstance, écrite juste avant l'invasion de l'Ukraine - dingue, non ?

J’ai voulu prendre l’air. Sentir la brise marine caresser ma peau, respirer l’air iodé, me laisser bercer par le bruit des vagues… Aller voir l’océan pour abreuver mes 5 sens et recharger mes batteries.

Sauf qu‘en démarrant ma voiture, j’ai réalisé que je devais d’abord faire le plein d’essence.

C’est paradoxal, hein ?

Je sens que je suis à deux doigts d’abandonner mon projet d’escapade, mais si je fais demi-tour et que je m’affale dans le canapé, c’est sûr, je vais avoir un coup de pompe. J’hésite…

Allez, c’est décidé, je vais raviver l’éclat de ma vie si terne : je mets les gaz et je vais à la station la plus proche.

Arrivé là-bas, y’a la queue jusqu’au bout de la rue – c’est tout le temps comme ça depuis qu’on a passé les 3€ le litre. Plus c’est cher, plus y’a de la demande. Vu leur convergence, j’suis même étonné qu’Apple ait pas encore acheté Total.

Dans la file, je repère deux vieux potes à moi, Gilles et John. On était au lycée ensemble ; j’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont bêtes, mais bon, c’est des gars sans plomb dans la cervelle. Pas très raffinés en tout cas. Depuis le bac, ils ont un peu viré réac, donc j’évite d’engager la conversation, je me borne à des banalités.

Quand je les rejoins, ils sont en plein débat sur l’origine de la flambée des prix : ils hésitent entre le complot judéo-maçonnique et un coup d‘état du clergé reptilien. En résumé, Gilles accuse les banquiers, et John les nonnes. Je résiste pas à m’en mêler ; leurs arguments sont tellement bidon… Je jauge la situation vite fait, et je sors de ma réserve.

« Mais c’est politique tout ça les gars ! Vous voyez pas ? C’est Poutine qui a voulu accroître son pouvoir sur l’échiquier international : il applique en Ukraine la même recette qu’au Moyen-Orient, il fout le bazar pour faire grimper le prix du baril, Saddam le pion aux amerloques, ça fait fermer leur Bush ! Iran le pétrole hors de prix, et comme ça, les ricains, Irak ! »

Je reprends mon souffle un instant au milieu de mazout verbal, et devant leur mine perplexe, c’est plus fort que moi : heh, je ricane.

« Et comme ça suffisait pas, Poutine a aussi demandé au Venezuela de baisser sa production ; leur président refusa, et l’OPEP s’y colla ! »

Enfin, c’est enfin mon tour de passer à la pompe, ces deux trolls vont enfin me foutre la paix (avec leurs histoires de pétrole). Je fais le plein et je me sens... vide…

Un autre thème porteur : l'égalité hommes-femmes !

Arrête de te plaindre de ton mec !
J’en peux plus, j’entends que ça, tous les jours.
Il est macho, colérique, jaloux, bordélique,
il t’comprend pas, il mate tes copines, il veut baiser tout le temps sauf quand toi t’as envie,
mais tu l’as choisi… non !?
Alors assume.
Combien de fois on t’a dit qu’on ne change pas les gens ? Si tu le gardes, c’est que t’estimes qu’au fond, il te convient bien. Sinon, change, agis au lieu de te lamenter.
Et me sors pas l’argument du « comment je vais faire toute seule moi » - t’es plus au 19è siècle, meuf... Tu peux très bien être indépendante, et choisir le mec que tu veux, par amour ou par désir, ou même par confort.
Mais les choix par défaut, les tristes statu-quo, c’est niet.

Me fais pas dire ce que je pense pas : oui,
y’a des tas de mecs totalement irresponsables qui sont juste bons à consommer vite fait,
ou plus souvent encore à éviter radicalement si tu veux pas d’emmerdes.
Mais la nature nous a pas attendus pour instaurer la parité, tu vois :
y’a aussi des tas de meufs totalement irresponsables qui sont juste bonnes à…
bon, t’as compris. Et te connaissant un minimum, je sais que t’en fais pas partie.

Mais le truc que tu veux pas voir, c’est qu’en général,
quand il veut une nana et l’invite à boire une bière,
un mec sait très bien si c’est une bombasse à accrocher à son tableau de chasse ou la mère de ses futurs enfants.
Ok, y’a des gros veinards qui font d’une bière deux coups,
mais c’est des exceptions… On est pas dans un Disney !
Je t’explique : si demain je sors avec une fille à faire baver mes potes –
vraiment une relation purement physique hein…
Bah j’me ferais aucune illusion, tu vois. Genre…
Si j’sortais avec Shakira, j’sais bien qu’il finirait par y avoir un Gérard pour me la piquer.
Alors que toi,
toi tu rêves d’aguicher un millionnaire,
de le rendre tellement dingue que pour toi il oublierait la drogue et les soirées putes !
Tu veux un footballeur,
barbu,
brun,
musclé,
célèbre,
pas trop teu-bé mais… bien teub-é,
bref tu veux pécho Benzema et en faire l’époux idéal !
Mais putain tu peux pas avoir le reubeu et l’argent du reubeu !

Depuis que je suis gosse, on me dit que les mecs ont un cerveau dans la queue et sont hyper vulnérables à l’attraction des femmes.
Bon, pour le cerveau, c’est pas faux.
Mais quand, à côté de ça, j’entends des meufs se vanter de privilégier la beauté intérieure…
C’est quoi cette hypocrisie ?
T’en connais beaucoup, toi,
des femmes qui ont choisi un homme qu’elles trouvent moche ?
Qui se disent pas
« on va essayer tous les beaux gosses possibles
jusqu’à trouver celui avec qui on arrivera peut-être à se supporter » ?

Alors arrête de te mentir à toi-même,
tu te compliques trop la vie.
C’est assez dur comme ça de trouver quelqu’un avec qui on se sent bien.
Si tu te sens bloquée, face à un mur, sans vision du futur –
alors pars, fais tes choix la tête haute ! Sinon…
Arrête de te plaindre de ton mec.

Quand Patrick m'a (brièvement) oublié dans l'ascenseur de la Cartonnerie, j'ai su que c'était le moment où jamais de faire ce numéro... D'accord, ce n'est pas vraiment du slam. Mais c'était marrant ! ;-)

J’ai une histoire à vous raconter… mais j’ai plus de voix ! Alors je vais vous guider…

Hier, j’arrive au bar et j’y vois une femme sublime…
belle…
Elle soupire, comme pour dire :
gimme gimme gimme…
Je m’avance devant elle :
partenaire particulier cherche partenaire particulière…
Là elle dit :
if you wanna be my lover…
Alors je lui promets :
on ira… où tu voudras, quand tu voudras…
Elle sourit :
voulez-vous coucher avec moi ce soir…
Moi :
i’m so excited…
Je l’emmène dans un hôtel, et là, toute la nuit, c’est… selon votre âge,
je t’aime moi non plus
ou bien… vas-y francky c’est bon
ou même… bim bam boum

Au réveil,
je me lève… et je te bouscule…
Je la cherche à mes côtés…
mais tu n’es pas là… et tu sais j’ai envie…
Je me dis :
ne la laisse pas tomber, elle est si fragile…
Je lui téléphone ; répondeur !
le téléphone pleure…
Je réessaie ; elle décroche !
ne me quitte pas…
Elle m’interrompt :
tout, tout, tout est fini entre nous…
Elle raccroche.
et maintenant… que vais-je faire…
Une petite voix me dit :
ce n’est rien…
Mais je ne veux plus vivre ça !
no woman no cry
Alors je m’en vais,
all by myself…

Un texte sérieux et poignant (enfin, j'espère), dans la série "j'essaie un peu tous les genres"...

T’as joué à la déesse-mère, hein, tu t’es crue forte…
T’as fait semblant de laisser agir les lois de la physique, alors qu’au fond,
c’est juste ton petit orgueil bien planqué qui t’a soufflé l’idée d’avoir une fille.
Tu t’es dit que créer, c’était dans l’ordre des choses,
alors que tu sais bien que la seule loi naturelle qui vaille,
c’est l’entropie, l’inexorable destruction des liens.

Et tu t’es défilée, avant même que ça devienne compliqué.
Ouais, au lieu de t’occuper de ta fille, t’as préféré les chimères, les vertiges,
t’as cru que ça te ferait rester jeune…
Mais l’insouciance, c’est qu’une facette de cette jeunesse !
Il est où l’enthousiasme, il est où l’émerveillement ?
Est-ce que t’as eu les yeux qui pétillent, ne serait-ce qu’une fois, en me regardant ?

T’as pris la tangente et tu m’as laissée là,
vulnérable comme un gosse qui doit apprendre trop vite à ne plus en être un.
T’as eu le culot de prétendre m’offrir la liberté, l’auto-détermination –
alors que tu m’as mis sur les rails d’un système que tu connais par cœur.

Oui, c’est ça ton crime le plus honteux :
t’as juste reproduit l’acte fondateur de ta propre souffrance,
cet abandon, ce rejet monstrueux autour duquel toute ton identité s’est construite,
nourrie par le dégoût de toi-même.

Si tu avais eu le courage de t’aimer,
ne serait-ce qu’un peu,
tu aurais voulu me transmettre un autre héritage
qu’un esprit brisé dans un monde en ruines.
Mais t’as jamais distingué la fierté de l’orgueil.
Alors tu m’as condamnée, moi, ta fille, condamnée à me haïr, à mon tour,
à errer toute ma courte vie, sans avoir le temps d’être autre chose
qu’un battement de paupières à l’échelle de l’univers.
Seule. Seule ! Car tout ce dont je serais capable, ce serait de reproduire,
reproduire ton crime :
je vois bien comment ton abandon m’a programmée pour être incapable d’aimer ;
pourtant j’aimerais tellement déjouer ton piège, réussir là où tu as échoué,
toi et combien d’autres avant toi…

Non… Non ; moi, je ne céderai pas à ce désir irresponsable.
Non, je ne transmettrai pas cette fièvre, cette anomalie.
Et peut-être qu’accepter d’être dérisoire et de ne laisser rien ni personne derrière moi,
c’est déjà plus d’amour que tu n’en as jamais donné.

Retour aux textes "perso" qui viennent tout droit des tripes.

Est-ce que c’est grave…?


Est-ce que c’est grave si je me confesse en public ?

Est-ce que c’est grave si j’aime pas remettre à demain ce que je pourrais faire après-demain ?
Est-ce que c’est grave si la personne que j’aime le plus, c’est mon chien ?

Est-ce que c’est grave si j’ai jamais eu envie d’être normal ?
Si je trouve pas ça péjoratif d’être taxé de marginal ?

Est-ce que c’est grave si pour m’orienter, je préfère le soleil et les panneaux au gps ?
Et si la plupart des musiques que j’écoute datent d’avant que je naisse ?

Est-ce que c’est grave si je pourrais traverser le pays pour un resto ou un fou rire ?
Est-ce que c’est grave si en fait ça m’arrive plus souvent que je n’ose le dire ?

Est-ce que c’est grave si je slame sans bouger ?
… Et si, manifestement, j’ai pas le physique pour faire du… stand-up ?


Est-ce que c’est grave si je t’aime, si tu m’aimes, mais qu’on est pas foutus de s’aimer ?
Et si toutes mes relations, amitiés ou amours, sont asymétriques, mal équilibrées ?

Est-ce que c’est grave si je déteste mon corps mais que j’espère trouver quelqu’un qui, à ma place, saura l’aimer ?
Est-ce que c’est grave si je m’en fous de pas marcher, si ce qui me manque vraiment, c’est de me lever pour t’enlacer ?

Est-ce que c’est grave si je connais pas la nostalgie ? Si malgré ce corps qui faiblit, je n’ai jamais aussi bien vécu que maintenant ?
Est-ce que c’est grave si je fais ma jeunesse à 40 ans ?

Est-ce que c’est grave si je suis trop tolérant, en tout cas pas assez militant ?
Si je ne me sens pas légitime pour protester ? Si je n’ai que trop conscience de mes privilèges de mec, hétéro, français, fils de profs, blanc ?


Est-ce que c’est grave si je te préfère sans maquillage ?
Si tes soupirs me touchent plus que tes rires ?
Si te voir me fait du mal, mais que j’y reviens toujours parce que c’est toi qui m’inspires ?

Est-ce que c’est grave si j’ai besoin d’un verre quand je suis triste ?
Est-ce que c’est grave si je suis souvent triste ?

Est-ce que c’est grave si ma pyramide de Maslow est à l’envers ?
Est-ce que c’est grave si ça me fait rien de plus avoir ma mère ?

Est-ce que c’est grave si j’en dis plus en trois minutes sur scène qu‘en une année d’intimité ?
Si les seuls moments de complicité qui nous lient sont ceux où nous laissons nos corps s’exprimer ?

Est-ce que c’est grave si je sacrifierais n’importe qui, n’importe quoi, pour qu’un jour un gosse m’appelle papa ?

Est-ce que c’est grave de ne pas en vouloir toujours plus, alors que c’est ainsi qu’on vit aujourd’hui ?
Est-ce que c’est grave si je m’en fiche de mourir, de basculer dans l’oubli ?

Et est-ce que c’est grave si après avoir passé toute une vie à apprendre comment et pourquoi, au dernier instant, je réalise que je n’ai toujours pas compris ?

Dédicace pour Laurent Étienne, président des Ateliers Slam et indispensable animateur des scènes slam à la Carto.

Monsieur Étienne !

Cela fait un certain temps que votre activité m’exaspère
et qu’il me tarde vous dire le fond de ma pensée,
mais j’ai dû attendre l’occasion de cette scène de rentrée scolaire
pour pouvoir enfin, et en public, vous apostropher.

Voyez-vous, en fin esthète de la grande et noble poésie,
je ne peux m’attendre à croiser un Baudelaire chaque matin ;
que vos tirades me semblent convenues, triviales, voire malpolies,
c’est une affaire de goût ; si elles plaisent à d’autres, fort bien.

Non, Monsieur Étienne, ce n’est pas votre plume qui me chagrine,
c’est toute cette mascarade de bienveillance et d’ouverture d’esprit ;
à vous entendre, n’importe qui peut venir ici déclamer quelques lignes,
même les enfants sont admis, les boiteux, les bègues, ha ! Quelle hypocrisie.

La poésie, Monsieur Étienne, n’est pas un passe-temps populaire,
nous le savons depuis Hegel, c’est le plus noble de tous les arts ;
donner aux cochons la sublime confiture de votre grand-mère
ne fera jamais d’eux plus que du jambon et du lard.

Et ce n’est pas là le pinacle de votre forfaiture !
Vous ne vous contentez pas d’exposer la plèbe à quelques vers innocents
ânonnés ou éructés au fin fond d’une salle obscure,
non ! Vous allez jusqu’à investir des lieux publics, et ce, gratuitement !

C’est là que la coupe déborde, Monsieur Étienne, car si je tolère votre prose,
je ne peux voir ainsi bafouée l’exigence qui est un des piliers de la culture de qualité !
La souffrance, le sacrifice sont les passages obligés de l’amateur de belles choses,
et s’acquitter d’un écot conséquent garantit aux élites un accès privilégié.

Ne concevez-vous donc le danger d’alimenter par le bas cette soif de culture ?
N’avez-vous que peu d’intérêt pour l’Histoire, ou souhaitez-vous l’anarchie ?
Le bas peuple qui s’agite, qui pense, qui imagine, qui s’émeut, qui rit,
C’est le terreau des révolutions, et par là-même, les germes de la dictature !

Tout trublion que vous êtes, Monsieur Étienne, je n’ose imaginer
que vous vous accommodiez d’avoir du sang sur les mains et la conscience chargée.
Renoncez donc dès à présent à cette entreprise démagogique et insensée,
Laissez la poésie, et l’art en général, à ceux qui ont les moyens de se l’offrir ;
Le système a besoin que le peuple travaille docilement et se divertisse sans frémir,
Rien ne doit le laisser développer des espoirs, des fantaisies irréelles :
Alors rejoignez les rangs des promoteurs de la Culture avec un grand C
Celle qui vous caresse la nuque pour mieux vous arracher les ailes.